top of page

Habiter

" Un peu plus haut,

une tache jaune apparaît entre les pins.

 

— Évidemment.

 

Honnorade redescend avec un panier débordant de mimosa.

Un sécateur dans une main.

 

— Tu comptes fleurir toute la région ?

— Seulement les gens qui le méritent.

— Donc personne.

— Exactement.

 

Elle tend quelques branches à Noa.

 

L'odeur arrive aussitôt.

Douce.

Presque poudrée.

 

Elles reprennent la marche ensemble.

Pas dans le même rythme.


Honnorade s'arrête régulièrement.

Pour montrer une pierre.

un arbre,

ou encore un mur écroulé.

 

— Là, avant, y avait des oliviers.

 

Noa regarde.

 

— Y en a encore.

— Oui. Mais pas les mêmes.

 

Plus loin,

Honnorade désigne un groupe de maisons récentes.

 

— Là non plus y avait pas ça.

— Ça t'énerve ?

 

Honnorade réfléchit.

 

 

— Non. Enfin si. Mais ça sert à rien.

 

Noa sourit.

 

— Sage.

— Des gens arrivent.

 

Le paysage change avec eux.

Ça continue sans moi.

 

Le sentier tourne.

Les pins s'écartent.

Le cabanon apparaît.

 

Les pierres grises.

La porte de travers.Le figuier encore nu.

Toujours là.

 

Honnorade s'arrête.

 

— Tu montes encore ici souvent ?

— Moins.

— Pourquoi ?

 

Noa regarde le cabanon.


La porte.

Le toit rafistolé plusieurs fois.

Le vieux volet de travers.

 

— Parce que j'ai plus besoin de me cacher autant. "



Extrait, Noa, Isabelle Asni


Habiter
bottom of page