écrits contemporains
Accueillir
" Noa pousse la porte de son immeuble.
Monte les escaliers.
Le premier étage sent le savon noir et les tomates mûres.
Une porte entrouverte.
— Entre.
Au fond du couloir.
Honnorade.
Petite.
Les cheveux blancs.
Un gilet malgré la chaleur.
— J'ai entendu un raffut dans l’escalier.
— Pas moi ! J’ai croisé le voisin qui descendait en courant.
— Ah.
Elle prend le sac.
Invite Noa à la suivre dans la cuisine.
Le couloir.
La cuisine.
Le balcon au bout.
Des chaises en bois.
Une double tringle.Un voilage.Des rideaux de velours
retenus par des embrasses tissées.
Un gros cadre de bois doré.
Peinture à l’huile.
Noa reconnaît le port.
Plus loin,
une aquarelle.
La colline.
Un cabanon.
Elle sourit.
Sur le plan de travail de la cuisine,
un robot pâtissier.
La radio est allumée.
Une voix parle jardinage.
— Assieds-toi.
Honnorade sort deux tasses.
Porcelaine blanche.
Motif bleu.
Puis repart.
Ouvre un tiroir.
Un autre.
— J'avais du sucre.
— T'en mets jamais.
— Je sais.
— Alors pourquoi tu cherches du sucre ?
— Parce que maintenant je veux savoir où il est.
Noa éclate de rire.
Honnorade finit par retrouver la boîte dans le réfrigérateur.
— Voilà.
— Pourquoi il est dans le frigo ?
— Aucune idée.
Elle s'assoit enfin.
Le bruit de la radio.
Une cuillère contre une tasse.
Un scooter dans la rue.
Par la porte-fenêtre ouverte,on aperçoit la colline.
Des maisons neuves.
Des murs clairs.
Une piscine bleue entre deux pins.
Honnorade suit son regard.
— Là... il y avait des amandiers.
— Tu les regrettes ?
— Les amandiers ?
— Oui.
— Non. Les arbres meurent. Les gens construisent. Les gens meurent. D'autres arrivent.
Elle hausse les épaules.
— Mais les amandes étaient bonnes. "
Extrait, Noa, 21, Isabelle Asni
